LOPPSI : sommes-nous des pigeons?

Une tribune co-signée avec Corinne Lepage, publiée sur LeJDD.fr.

tribune_jdd_080210L’arrivée anticipée de la loi LOPPSI – véritable fourre-tout sécuritaire – en hémicycle mardi prochain devrait tous nous mobiliser, par les sujets qui y sont traités et par la méthode qui a été adoptée, celle de l’oxymore. La substitution, grâce un amendement orwellien déposé par le gouvernement et adopté en commission des lois, du mot de « vidéoprotection » à celui de « vidéosurveillance » dans tous les textes législatifs et réglementaires traduit cette nouvelle réalité. Il ne s’agit pas de surveiller mais de protéger, comme si l’un pouvait aller sans l’autre et comme si le dilemme contemporain n’était précisément pas celui de l’équilibre à trouver entre vraies et fausses menaces d’une part, étendue des atteintes portées aux libertés les plus élémentaires d’autre part. À réalité et dangers équivalents, ce néologisme plus acceptable permettra de faire passer sans remous des dispositions qui viennent renforcer le plan ahurissant de triplement du nombre de caméras sur le territoire.

L’UMP, après avoir fait feu de tout bois sur l’identité nationale, avec un succès tout relatif, cherche à remobiliser son électorat et récupérer les voix de l’extrême-droite en instrumentalisant le débat public. En basant son argumentaire sur les peurs, avec toujours le même objectif annoncé: celui de protéger, l’exécutif ne cesse en réalité d’étendre un pouvoir qui peut être utilisé dans un but tout autre que celui qui est annoncé. En affirmant que « La guerre, c’est la paix », le gouvernement utilise la vieille technique du leurre, qui sous couvert de protéger les citoyens contre une criminalité au demeurant croissante malgré des outils de plus en plus liberticides, permet surtout de prendre un contrôle politique et médiatique croissant.

[...]

Lire la suite de la tribune sur LeJDD.fr.

Votez pour le nouveau logo bio européen

La Commission européenne a mis en place un concours visant à sélectionner le prochain « logo bio » européen. L’utilisation de ce logo sera obligatoire sur tous les produits biologiques préemballés provenant des 27 États membres.

3400 logos ont été proposés. Aujourd’hui, trois logos restent en lice et c’est aux citoyens de les départager. Le vote est ouvert jusqu’au 31 janvier 2010.

Logos UE Bio

Pour ma part j’ai voté pour le premier qui me semble être le plus porteur de sens : l’idée d’Union européenne y est très claire et celle d’environnement aussi.

Vous pouvez voter à cette adresse ou en cliquant sur l’image.

Impact du redécoupage de la carte législative

Le collectif Regards Citoyens, qui s’est déjà illustré en réalisant Députés Godillots et ensuite le site Nos Députés, vient de mettre à disposition son étude d’impact du redécoupage de la carte législative.

On y apprend, si l’on porte le résultat de chaque bureau de vote lors des élections législatives de 2007 sur les nouvelles circonscriptions, que la droite gagne 8 sièges, le MoDem en gagne 1 et la gauche en perd 9.

Les données de chaque bureau de vote sont mises à disposition par le collectif, dans le principe de l’Open Data, qui m’est cher. Chaque citoyen a donc la possibilité de vérifier les estimations du collectif.

Impact du redécoupage législatif

Voir l’étude sur le site de Regards Citoyens.

Nuit solidaire pour le logement à Paris

Nuit solidaire pour le logement, Paris, 27 novembre 2009

Le 27 novembre se tenait la deuxième édition de la Nuit solidaire pour le logement, organisé par un collectif de 31 associations. J’y ai participé, en tant que citoyen, pour montrer ma solidarité avec les plus démunis et dénoncer l’inaction des pouvoirs publics, alors même qu’en France 100 000 personnes ne disposent pas d’un toit.

Ci-dessous une vidéo de la soirée :

Pourquoi la CRE a-t-elle eu raison dans « l’affaire Voltalis »

Electricity
Photo flickr, CC-by de Omar Omar.

Il est des décisions où le traitement par la presse est très orienté et la réception par le public s’en fait l’écho, sans plus de recherche. La décision de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) concernant l’effacement diffus pratiqué par Voltalis, pourtant très claire et argumentée, est de celles-ci1 : EDF est passé pour un ogre qui souhaitait à tout prix empêcher les économies d’énergie et la CRE a semblé être sa docile complice.

L’inévitable contexte

Pour faire simple, il y a quatre acteurs :

  • les producteurs d’énergie tel EDF et, depuis l’ouverture du marché de l’énergie en France, notamment Poweo (créée en 2002), Direct Énergie (créée en 2003) etc. ;
  • les consommateurs d’énergie, professionnels ou particuliers ;
  • le gestionnaire du réseau de transport d’électricité. En France, il s’agit de RTE. Celui-ci est distinct d’EDF depuis le 1er juillet 2000, suite à la nécessaire séparation des fonctions de production et de transport (directive européenne n° 96/92/CE transposée par la loi du 10 février 2000) ;
  • les opérateurs d’effacement diffus tels Voltalis ou encore Ergelis.

Que fait RTE ?

Une des responsabilités de RTE est, pour d’élémentaires raisons physiques, de garantir qu’à tout moment la production et la consommation d’électricité sont égales2. Sinon il existe un risque d’écroulement du réseau. Par exemple, la panne de courant européenne de novembre 2006.

Dans le cas d’une consommation supérieure à la production, qui est la situation qui nous intéresse, RTE possède deux leviers : augmenter la production en faisant appel à des réserves de puissance — de manière générale des centrales thermiques et, par exemple, des centrales au fioul, fortement émettrices de gaz à effet de serre — ou faire baisser la consommation en effaçant des clients. Dans le pire des cas, RTE demande à ERDF de délester certains secteurs3.

Il y a deux grandes familles d’effacement. L’effacement traditionnel consiste par exemple en des accords avec les industriels pour les couper du réseau lors des moments de tension. De cette manière, RTE fait baisser la consommation jusqu’à ce que l’équilibre avec la production soit atteint. Quand le moment est opportun, les industriels sont réapprovisionnés. L’effacement diffus, tel que permis par le produit commercialisé par Voltalis, est plus souple et moins contraignant : au lieu de couper quelques gros consommateurs, il consiste à baisser la consommation de la multitude de clients qui ont installé ce produit.

Qui paye quoi ?

Au plus simple

Schématiquement, comme RTE ne produit pas d’énergie, la société compare lors des moments de tension les offres d’ajustement proposées (production ou effacement) pour équilibrer son réseau. En conformité avec la directive européenne transposée par la loi du 10 février 20004, RTE applique le principe de « préséance économique » et choisit donc les offres les moins coûteuses, ceci afin de pouvoir garantir le meilleur tarif de l’énergie aux usagers. La facture est ensuite présentée par RTE aux producteurs qui ont mal fait leurs prévisions ou qui ont été défaillants (panne de générateur etc.).

Le dilemme par l’exemple

Pour bien comprendre, il faut prendre le pire des cas. Supposons deux producteurs, un producteur « Albert » et un producteur « Bernard ». Le producteur « Albert » a évalué une consommation de 100 MW et le producteur « Bernard » aussi une consommation de 100 MW. Il y a donc 200 MW de produit.

Le producteur « Albert » ne s’est pas trompé, ses clients consomment très exactement 100 MW. « Bernard » s’est trompé dans ses estimations, ses clients consomment en revanche 200 MW. La consommation est alors de 300 MW, donc supérieure de 100 MW à la production.

RTE doit alors équilibrer son réseau de transport pour éviter une panne. Parmi les offres d’ajustement, celle d’effacement diffus de l’opérateur « Océane » est la moins couteuse. La décision est donc prise d’acheter 100 MW d’effacement diffus5.

Pour ce faire, « Océane » efface totalement les clients de A. Ainsi, « Albert » produit 100 MW d’électricité et « Bernard » produit 100 MW d’électricité. Mais les clients d’« Albert » consomment désormais 0 MW et ceux de « Bernard » consomment bien leur 200 MW. Le réseau est équilibré.

Cependant, comme les clients d’« Albert » ne consomment plus rien, ils ne paient rien à leur producteur. Donc « Albert » est dans une situation où il produit 100 MW gratuitement et doit continuer à les produire. En effet, « Albert » ne peut pas arrêter de produire : s’il le fait l’offre d’effacement d’« Océane » disparaît et se crée un nouveau déséquilibre.

Les solutions d’indemnisation

Assez étrangement, là où l’opinion populaire semble blâmer EDF qui souhaiterait « faire payer les économies d’énergie »6, tous les intervenants — dont Voltalis — s’accordent sur le fait que le producteur lésé doit être indemnisé pour l’énergie qu’il doit produire et qui est consommée par d’autres clients que les siens du fait de l’effacement diffus. La seule différence réside dans qui doit l’indemniser et aussi pour quel montant.

L’objet de la discorde

Deux propositions s’affrontaient, la première préférée par les opérateurs d’effacement diffus, la deuxième par les producteurs d’énergie :

  • Les producteur fautifs indemnisent les producteurs lésés et l’opérateur d’effacement diffus reste en dehors de ces transactions. C’est la solution bien évidemment préférée par Voltalis. Ainsi, le prix de l’offre d’effacement ne serait pas modifié, ce qui permettrait aux opérateurs d’effacement diffus d’être bien positionnés dans l’ordre de préséance économique ;
  • L’opérateur d’effacement diffus indemnise les producteurs lésés. L’inconvénient pour le fournisseur d’effacement diffus est qu’il doit répercuter cette indemnisation sur ses prix. Le coût de l’effacement augmente donc et il devient, de fait, un peu moins compétitif dans l’ordre de préséance économique. Cependant, il serait surprenant qu’avec cette indemnisation il devienne moins compétitif que des solutions de production d’énergie au fioul…

C’est cette dernière solution qui a été retenue par la CRE, dans une décision très logique, pour pouvoir continuer à appliquer le principe de préséance économique. En effet, la CRE a considéré que sans cette indemnisation, le coût de l’offre d’effacement diffus masque le coût du maintien de la production du producteur lésé. En conséquence de quoi, la solution choisie par RTE pourrait ne pas être la moins coûteuse.

Avec notre exemple

RTE compare les offres d’ajustement. « Bernard », qui avait mal planifié les besoins de ses clients, propose à RTE les 100 MW d’ajustement à 7000 euros, et « Océane » les propose à 5000 euros.

RTE choisit, en suivant l’ordre de préséance économique, l’offre d’effacement et paye donc 5000 euros à « Océane ». Ensuite, RTE présente la facture à « Bernard ». « Bernard » paye donc 5000 euros à RTE. Ensuite, « Bernard » indemnise « Albert » en lui donnant par exemple 3000 euros.

Ainsi, « Bernard » paiera 8000 euros (5000 euros à RTE et 3000 euros à « Albert ») pour l’ajustement du réseau du fait de son erreur. Or, ce producteur proposait une offre d’ajustement à 7000 euros, donc qui aurait coûté 1000 euros moins cher.

C’est donc parce qu’une telle situation fausserait le principe de préséance économique que la CRE a décidé que l’indemnisation doit être effectuée par l’opérateur d’effacement diffus.

La nécessité d’un choix politique durable

Tout d’abord, pour aller contre une incompréhension : les solutions d’effacement diffus ne permettent pas de baisser la production. Elles évitent en revanche d’avoir à produire plus pour équilibrer le réseau lors des pics de consommation : au niveau global certains consommeront moins pour que d’autres puissent consommer. Ce qui est déjà très bien. Mais, pour que ceci fonctionne, tous les producteurs doivent impérativement maintenir leur niveau de production.

Aussi, fait important, ces solutions ne sont utilisées que lors des moments de tension du réseau et quand RTE sollicite l’opérateur d’effacement diffus. Au-delà de l’utilité globale de tels mécanismes, il reste donc individuellement bien plus efficace écologiquement et économiquement de programmer soi-même l’arrêt de ses équipements électriques, de les débrancher, de consommer moins d’eau chaude ou de baisser les thermostats…

Par ailleurs, Voltalis annonce 10 à 20 % d’économie chez les particuliers. Cet argument est contesté par certains qui avancent qu’il n’y a en réalité peu ou pas d’économie réalisée : en effet, le fait de couper temporairement un radiateur ou un ballon d’eau chaude force celui-ci a chauffer bien plus une fois redémarré, par le fait du thermostat. L’argument des détracteurs est donc que la consommation ne serait pas économisée, mais juste décalée hors des moments de tension du réseau.

Pour finir, l’ensemble de la décision tient sur le respect de la préséance économique pour permettre de garantir les prix plus bas possibles au consommateur européen. Une des solutions pour favoriser les offres durables — et les offres d’effacement diffus en font indéniablement partie — serait d’intégrer au mieux les externalités. Ainsi les offres de production polluantes deviendraient de fait plus coûteuses que leurs équivalents durables. Ce ne serait que justice car, après tout, les offres polluantes ont aussi un coût caché : celui de l’environnement.

Quoi qu’il en soit cette décision n’appartient ni à la CRE, ni à RTE et encore moins à EDF. Il s’agit avant tout d’un choix politique et il serait grand temps d’avoir le courage de le faire.

Notes :
  1. Voir le document publié par la CRE intitulé Délibération de la CRE du 9 juillet 2009 portant communication sur l’intégration des effacements diffus au sein du mécanisme d’ajustement []
  2. RTE a d’autres missions, comme garantir la continuité de service, développer le réseau en minimisant son impact environnemental, le sécuriser, assurer la qualité de l’électricité et contribuer à la création du marché de l’énergie. []
  3. Pour plus d’information sur les délestages, voir par exemple l’article de de Ouest Ecowatt. []
  4. Voir la loi n°2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité sur legifrance : « II. – Le gestionnaire du réseau public de transport assure à tout instant l’équilibre des flux d’électricité sur le réseau, ainsi que la sécurité, la sûreté et l’efficacité de ce réseau, en tenant compte des contraintes techniques pesant sur celui-ci. Il veille également au respect des règles relatives à l’interconnexion des différents réseaux nationaux de transport d’électricité.

    Dans ce but, le gestionnaire du réseau public de transport peut modifier les programmes d’appel. Sous réserve des contraintes techniques du réseau et des obligations de sûreté, de sécurité et de qualité du service public de l’électricité, ces modifications tiennent compte de l’ordre de préséance économique entre les propositions d’ajustement qui lui sont soumises. Les critères de choix sont objectifs, non discriminatoires et publiés. » []

  5. Cette valeur est bien évidemment factice. En réalité, la puissance d’ajustement par effacement diffus est précisément limitée à 100 MW et ce quel que soit le nombre d’opérateurs. Voir le document Règles transitoires de mise en œuvre de l’expérimentation Ajustements Diffus du 4 octobre 2007 : « La puissance d’ajustement totale activée par RTE à partir d’effacement diffus ne peut pas dépasser 100 MW, et ce quel que soit le nombre d’opérateurs proposant des ajustements diffus sur le MA (ndlr : Mécanisme d’Ajustement). » []
  6. Voir par exemple l’article de LeMonde.fr au titre explicite, qui reprend presque intégralement les communiqués de Voltalis : « EDF veut faire payer les économies d’énergie réalisées par ses clients ». []

Sénat : discipline, marche au pas et centristes

Discipline is the soul of an army. It makes small numbers formidable; procures success to the weak, and esteem to all.
— George Washington

A la lecture de l’article About de nerf sur Générations engagées, j’ai eu plusieurs réflexions.

La première sur le fait que non, Nicolas About n’a pas voté la loi HADOPI (désolé MIP !), il a même voté contre. Pour avoir passé des nuits sans sommeil avec La Quadrature du Net et l’APRIL à travailler sur HADOPI et avoir trouvé refuge au Parlement pendant mes vacances pour y rédiger des argumentaires, c’est quelque chose que je ne pouvais pas rater. Seulement 14 sénateurs ont voté contre, dont 3 sénateurs de l’Union centriste, parmi lesquels Nicolas About. Il me semble que la confusion dans l’article tient au fait qu’il a en revanche voté la protection pénale de la propriété littéraire et artistique (dit HADOPI 2), certainement par crainte d’éprouver à nouveau cette sensation étrange qu’est le vertige de la liberté.

Votes Union centristeLa deuxième réflexion tient plus à l’opportunité d’un tel article : en quoi Nicolas About serait-il pire que les autres sénateurs du groupe UC ? Il ne vote pas toujours dans le sens de la majorité, exemple la loi HADOPI ou encore sa proposition de loi sur la sécurité routière. Alors à quelle fréquence s’oppose-t-il mais surtout qu’en est-il des autres sénateurs centristes ? Ou encore, quels sont aussi les sénateurs qui sont le plus « MoDem » ?

Sans réponses claires à ces questions, j’ai pris la décision d’effectuer humblement une analyse des 488 scrutins publics, du 4 octobre 2006 au 23 juillet 2009, pour les 6 groupes et les 29 sénateurs centristes. Je vais partager mes conclusions ici, dans plusieurs billets. J’ai étudié la conformité des votes des sénateurs centristes avec les différents groupes, avec les différentes tendances centristes (Nouveau Centre, Rassembler les Centristes et Mouvement Démocrate), l’évolution de cette conformité et, finalement, la même chose entre les groupes.

Pour introduire la première partie — d’autres suivront — de cette étude du groupe centriste sénatorial, l’assistante parlementaire d’un sénateur m’indiqua récemment qu’au Sénat, si les débats permettent aux opinions d’évoluer, ils ne permettent pas de changer les votes. Le fait majoritaire apporte avec lui un corollaire qui est la discipline de vote, discipline à laquelle les sénateurs sont restés pendant un temps hermétique mais qui, de nos jours, est partie intégrante de la pratique parlementaire1.

Ce premier billet présente donc les différentes formations et leur discipline de vote, avec une approche statistique2.

Cravache d’or : CRC-SPG

Le groupe qui remporte la cravache d’or haut la main est, sans surprise, le groupe CRC-SPG. Ce groupe est formé de 24 sénateurs rompus à une discipline de vote sans tâche et sans vague. Parfois, cependant, surgit une toute petite voix discordante. Quand ce n’est pas parce que Guy Fischer préside la séance (et donc ne prend pas part au vote) cette voix est généralement celle de Jean-Luc Mélenchon (Parti de Gauche)3.

Le prédécesseur du groupe CRC-SPG — le groupe CRC, donc avant novembre 2008 — qui ne comprenait pas les sénateurs du Parti de Gauche, était en revanche parfaitement discipliné.

Indiscipline groupe CRC-SPG

La plus grande indiscipline du groupe a eu lieu le 13 mai 2009 sur le fameux scrutin n° 2008-147 : le projet de loi HADOPI 1. Ce jour là, alors que 22 sénateurs CRC-SPG se sont abstenus combativement4, les deux sénateurs du même groupe issus du Parti de Gauche (Jean-Luc Mélenchon et François Autain) ont effrontément voté contre. Si Guy Fischer avait présidé la séance, il y aurait eu trois voix dispersées et peut-être un vortex se serait-il ouvert sur un autre monde.

Quoi qu’il en soit le Conseil constitutionnel a donné a posteriori raison aux sénateurs dissidents en rendant sa décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009 qui censure lourdement le dispositif de sanction de la loi HADOPI.

Cravache d’argent : SOC

Juste derrière suit le groupe SOC et ses 96 membres. Seulement trois scrutins publics ont laissé apparaître une rupture (ceux dont l’indice dépasse 60) entre les sénateurs socialistes.

Indiscipline groupe SOC

Le problème des socialistes, c’est l’Europe

Les deux premiers, 2007-75 et 2007-76, concernaient le projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XV de la Constitution (De l’Union européenne), le 29 janvier 2008.  Le scrutin n° 2007-75 portait sur la possibilité de ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe. Bien que déposé par quelques sénateurs socialistes qui seront d’ailleurs les seuls à voter pour, tous groupes confondus, la majorité des socialistes (63) choisit de ne pas le voter, 5 choisissent de voter contre tandis qu’un dernier préfère s’abstenir.

A suivi le scrutin n° 2007-76 sur l’ensemble du projet de loi. La consigne du groupe semblait être l’abstention, certainement pour ne pas se froisser entre camarades. Alors que 61 sénateurs décident de s’abstenir, 22 votent contre, 10 votent pour et 2 vont à la buvette. La dernière, Michèle André, préside la séance.

Peu après, le 7 février 2008, a eu lieu le scrutin n° 2007-85 autorisant la ratification du traité de Lisbonne. Sans surprise, et bien qu’étouffées par la moquette du Sénat, les dissensions du PS sur la question européenne ont resurgi dans le vote des sénateurs SOC. 66 sénateurs ont voté pour alors que 30 autres ont préféré voter contre, s’abstenir ou rester chez eux. Cet écart de voix est à mettre en perspective avec le vote de ce projet de loi en première lecture à l’Assemblée nationale. En effet, une faible majorité du groupe socialiste a voté pour, soit 121 députés SRC sur 205.

Cravache de bronze : UMP

La dernière marche du podium revient au groupe sénatorial de l’UMP et ses 151 sénateurs, avec trois scrutins significatifs (ceux dont l’indice dépasse 40) dont un particulièrement clivant.

Indiscipline groupe UMP

Les deux premiers pics très rapprochés concernent les scrutins publics portant sur le projet de loi constitutionnelle modifiant l’article 77 de la Constitution. Le premier, le n° 2006-90 portait sur la question préalable déposée par Charles Pasqua, José Balarello et autres au motif que la nouvelle organisation institutionnelle en Nouvelle-Calédonie apportée par cet article serait « juridiquement condamnable et politiquement critiquable ».

125 sénateurs UMP ont voté contre cette motion et 31 en ont décidé autrement (12 pour, 4 abstentions et 15 n’ont pas pris part au vote). Le deuxième scrutin, n° 2006-91, portait sur l’ensemble de l’article et a rencontré une répartition similaire (127 pour et 29 autres).

L’UMP se déchire sur l’avortement

Mais la plus grande dissension au sein de l’UMP sénatorial a eu lieu lors du scrutin public du 5 juin 2009, qui portait sur un paragraphe d’un article du projet de loi portant réforme de l’hôpital et relatif aux patients, à la santé et aux territoires (dit HPST).

Le paragraphe, qui a été voté très largement au cours du scrutin n° 2008-181, disposait qu’une expérimentation serait organisée pour autoriser les sage-femmes à pratiquer l’interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse. Les raisons évoquées pour justifier un rejet de ce paragraphe étaient à la fois éthiques5 et techniques6. 66 sénateurs UMP ont voté pour, 41 ont voté contre, 41 autres n’ont pas voté et 3 se sont abstenus. La majorité n’était donc que relative, la majorité absolue du groupe étant à 76.

En tout 228 sénateurs auront voté pour ce paragraphe et 58 contre. Le Conseil constitutionnel donnera raison à ces derniers et censurera ces dispositions dans sa décision n° 2009-584 DC 16 juillet 2009, le législateur n’ayant pas fixé de terme à l’expérimentation7.

Cravache de bois : Union centriste

Nous arrivons au groupe qui nous intéresse. Le vote Union centriste est beaucoup plus indiscipliné. Régulièrement, plus de 5 sénateurs ne votent pas comme le groupe, comme le montrent l’ensemble des pics dépassant la valeur 25. Voici les scrutins qui ont été les plus clivants avec plus d’un tiers des sénateurs des sénateurs du groupe ne votant pas dans le même sens que la majorité du groupe (c.-à-d. ceux dont l’indice est supérieur ou égal à 70).

Indiscipline groupe Union centriste

Quand l’Union centriste voulait tuer Jean-François Copé pour 2 euros

Jean-François Copé avait annoncé le 12 novembre 2008 en réunion de groupe UMP à l’Assemblée nationale : « Moi vivant, il n’y aura pas d’augmentation de la redevance »8, en se déclarant toutefois favorable à l’indexation de la redevance sur l’indice des prix à la consommation.

Au moment où le texte arrive au Sénat, les dispositions concernant l’indexation sont bien présentes, issues d’un amendement adopté par l’Assemblée nationale de Patrice Martin Lalande (UMP). Catherine Morin-Desailly du groupe centriste et Michel Thiollière de l’UMP, présentent à leur tour un amendement au nom de la commission des affaires culturelles, qui sera voté au cours du scrutin n° 2008-67, le 19 décembre 2008.

Cet amendement visait à compléter le mécanisme d’indexation en augmentant au préalable la redevance de 2 euros, ceci pour compenser le manque à gagner de France télévision et aider au financement du projet de transformation du groupe en média global. En effet, d’après l’avis de la commission des affaires culturelles du Sénat, la simple indexation n’était pas suffisante. L’amendement a été adopté en séance, soutenu par l’intégralité des groupes communiste (qui avait d’ailleurs déposé un sous-amendement pour 120 euros), socialiste et par une majorité dispersée du groupe Union centriste : 17 pour, 6 contre, 2 abstentions et 4 non-votants. Le groupe RDSE s’est quant à lui abstenu et le groupe UMP a voté contre, avec une légère dispersion des voix : 3 pour et 22 non-votants.

Fort heureusement pour Jean-François Copé, la commission mixte paritaire a retiré cet amendement et gardé l’indexation sans la majoration préalable, ce qui lui permit d’éviter de se faire seppuku.

Le retour du service minimum

La proposition de loi du groupe RDSE visant à exclure les communes de moins de 2000 habitants du dispositif de service d’accueil des élèves d’écoles maternelles et élémentaires, discutée en séance le 26 mars 2009, aura été rejetée à 5 courtes voix de majorité. Le groupe RDSE était soudé — une fois n’est pas coutume — autour de sa proposition de loi, et a disposé d’un soutien sans faille des groupes SOC et CRC-SPG. L’UMP avait, de son côté, bien l’intention de faire barrage à toute atteinte au SMA. L’issue du scrutin n° 2008-136 dépendait donc entièrement du groupe centriste. L’UC s’est opposée a cette proposition de loi, et a donc voté majoritairement dans le sens de l’UMP, avec 15 voix contre. Les 14 autres voix du groupe centriste se sont réparties entre 7 pour, 2 abstentions et 5 non votants.

Nicolas About, dans le mur en klaxonnant

La proposition de loi de Nicolas About pour une plus grande équité dans la politique de sécurité routière9, débattue le 7 mai 2009, a été un échec retentissant. Au sein même du groupe centriste, deux votes ont été l’occasion d’une forte division : celui sur la suppression de l’article 2 et celui sur la suppression de l’article 3. La mise à mort publique du texte s’est ensuite arrêtée là. À la suite de ces scrutins Nicolas About a en effet annoncé qu’il ne défendrait pas les articles suivants et le gouvernement a, en retour, retiré ses demandes de scrutin public.

Les amendements de suppression déposés sur ce texte l’avaient été par le groupe socialiste et visaient à faire supprimer un à un l’ensemble des articles. Configuration inhabituelle, à tel point que Jacques Mahéas (SOC), qui a déposé et défendu les amendements, n’a pu s’empêcher d’indiquer en séance : « J’ai l’impression de faire le travail de la majorité ! (Sourires) ». L’équilibre des forces sur ces scrutins n° 2008-144 et n° 2008-145 était un bloc compact formé par les groupes UMP et SOC — les deux groupes majoritaires — contre ce texte. Face à ces Goliaths, les petits groupes UC, RDSE et NI étaient divisés sur la question. Le groupe CRC-SPG n’a pas souhaité prendre part au vote sur ces scrutins.

L’opposition au sein du groupe centriste sur le scrutin n° 2008-144 (concernant l’amendement qui visait à supprimer l’article qui instaurait l’amende plutôt que la perte de points dans les cas d’absence de port de la ceinture) a été frontale : 13 sénateurs du groupe centriste ont voté pour la suppression et 13 sénateurs ont voté contre. Par ailleurs, deux se sont abstenus et une a préféré ne pas prendre part au vote. L’opposition interne a été un peu moins vigoureuse sur le scrutin n° 2008-145 qui a suivi. Alors que 7 sénateurs centristes ont souhaité voter pour la suppression de l’article 3 (sur la limitation de la vitesse la nuit à une valeur inférieure ou égale à la vitesse par temps de pluie), 18 ont souhaité le maintien de ces dispositions et 4 ont souhaité s’abstenir.

L’ensemble du texte ayant été dépouillé de tous ses articles avec l’adoption systématique des amendements de suppression, il ne fut pas voté.

Des sénateurs fébriles sur les questions de santé

Le scrutin n° 2008-175, qui s’est tenu le 29 mai 2009, portait sur l’amendement n° 183 rectifié à l’article 15 du projet de loi HPST. Cet amendement, déposé par Hervé Maurey, François Zocchetto et Jean-Paul Amoudry du groupe centriste, visait à régler le problème de la démographie médicale en interdisant aux médecins qui s’installeraient dans les zones disposant d’une offre élevée de soins médicaux d’adhérer à la convention nationale. Cet amendement n’aura pas convaincu au sein même des troupes centristes. Le groupe UC votera même majoritairement contre (13 contre, 10 pour, 4 abstentions, 2 non votants). Les seuls soutiens à cet article auront été trouvé auprès du groupe CRC-SPG et une faible majorité du groupe RDSE, lui aussi divisé. Au total, seuls 39 sénateurs auront voté pour.

Le scrutin n° 2008-180 du 3 juin 2009 portait quant à lui sur l’amendement n° 1238 présenté par le gouvernement qui visait à supprimer une partie d’un article, adoptée en commission des affaires sociales du Sénat, qui majorait par la loi à un minimum de 3520 heures le temps de formation à effectuer pour être ostéopathe. Ce nombre d’heures, préalablement de 2660 heures, était fixé par décret depuis la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Il s’agissait selon les sénateurs qui avaient déposé cet amendement d’harmoniser le temps de formation avec ce qui à cours chez voisins européens, mais aussi de répondre à une demande des professionnels.

Le Sénat a adopté l’amendement de suppression du gouvernement, par 173 voix pour (UMP + NI + 15 UC) et 151 voix contre (CRC + SOC + 12 UC). Le groupe RDSE a souhaité majoritairement s’abstenir. En commission mixte paritaire, l’article a toutefois été rétabli et la loi a été promulguée avec la majoration du temps minimal de formation.

Le groupe centriste s’est aussi divisé sur le même point du texte HPST que le groupe UMP sénatorial, le scrutin n° 2008-181, à savoir la possibilité qui serait donnée aux sage-femmes de pratiquer l’interruption volontaire de grossesse par voie médicamenteuse. 14 sénateurs centristes ont voté pour ces dispositions alors que 9 ont voté contre, 4 se sont abstenus et 2 n’ont pas pris part au vote.

Finalement, le dernier scrutin qui a divisé le groupe centriste est le scrutin n° 2008-210 du 22 juillet 2009 sur la proposition de loi « réaffirmant » (sic) le principe du repos dominical10. Ce scrutin a permis de voir les quatre sénateurs Union centriste considérés comme les plus « bayrouistes » — c’est à dire Denis Badré, Jacqueline Gourault, Jean-Jacques Jégou et Jean-Marie Vanlerenberghe — voter contre cette proposition de loi alors que la majorité du groupe l’a voté, avec 19 voix pour.

Finalement, la « marche » que l’on peut apercevoir sur les derniers scrutins représentés sur le graphe marque l’entrée du sénateur Michel Mercier au gouvernement. En effet, sans remplaçant pour le moment, il reste comptabilisé dans les votes du groupe centriste en tant que non votant.

Cravache de guimauve : le RDSE

Le groupe RDSE est le groupe parlementaire sénatorial le plus indiscipliné. Groupe de 16 sénateurs en 2006, il est passé à 17 sénateurs depuis le 2 octobre 2008, grâce au renouvellement sénatorial. Ce renouvellement ajouté à la réorganisation a entraîné le remplacement de 8 sénateurs du groupe par 9 autres. Il apparaît clairement sur le graphique que ce jeu de chaises tournantes a fait gagner le groupe en discipline mais celui-ci reste encore très divisé.

Indiscipline groupe RDSE

De grosses divisions pour un petit écran

Depuis octobre 2008, les plus grands moments d’indiscipline du groupe ont concerné les scrutins du 8 juillet 2009 sur les motions d’irrecevabilité, d’opposition de la question préalable et de renvoi en commission du projet de loi concernant la nomination des présidents de France Télévision et de Radio France et de la société en charge de l’audiovisuel extérieur de la France (scrutins n° 2008-71, n° 2008-72 et n° 2008-73). Sur ces scrutins les pour, contre et abstentions étaient au coude à coude (entre 2 et 4 voix chacun), le reste du groupe choisissant de ne pas prendre part au vote. Les motions ont toutes été rejetées.

Ont suivi, le même jour, les motions d’irrecevabilité, d’opposition de la question préalable et de renvoi en commission du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision (scrutins n° 2008-74, n° 2008-75 et n° 2008-76). Là encore, sur ces scrutins pour, contre et abstentions étaient au coude à coude (entre et 2 et 4 voix chacun), le reste du groupe ne prenant pas part au scrutin. Les motions ont toutes été rejetées.

Quand l’hôpital fait mal

Deux autres scrutins particulièrement clivants concernaient le projet de loi HPST avec un scrutin sur les amendements identiques 1040 et 924 (scrutin n° 2006-167) et un autre scrutin, déjà évoqué puisqu’il avait divisé le groupe centriste, celui sur l’amendement qui visait à résoudre le problème de la démographie médicale en interdisant les médecins d’adhérer à la convention nationale s’ils s’installaient dans des zones disposant d’une forte offre médicale (scrutin n° 2008-175).

Le premier, le scrutin n° 2006-167, portait sur des amendements de suppressions déposés par les groupes SOC et CRC-SPG. En effet, le texte en discussion prévoyait que certains membres du conseil de surveillance disposeraient de plusieurs voix, sans préciser lesquels. Nicolas About, en tant que président de la Commission des affaires sociales y a opposé « Qui paie décide » et Roselyne Bachelot-Narquin a répondu qu’en effet, « les représentants de l’État occuperont 25 % des sièges et n’auront qu’un tiers du potentiel des voix : ils n’auront donc pas, à eux seuls, la majorité absolue ». Les groupes CRC-SPG et UMP ont voté pour leurs amendements. Les groupes UMP et UC ont voté contre. Le groupe RDSE s’est lui divisé entre 4 pour, 2 contre, 8 abstentions et 3 sénateurs qui se sont trouvés très bien chez eux.

Quant au scrutin n° 2008-175 concernant la démographie médicale, le groupe RDSE s’est réparti entre 6 pour, 5 contre, 5 abstentions et un sénateur n’a pas pris part au vote.

Finalement, le dernier texte a avoir divisé le groupe RDSE concernait le scrutin n° 2008-199 du 16 juillet 2009 sur la loi de programmation militaire pour les années 2009 à 2014. Si tous les groupes avaient une position bien arrêtée sur le sujet (SOC et CRC-SPG contre, UMP et UC pour), le groupe RDSE était presque également réparti, avec 4 pour, 6 contre et 7 abstentions. Le groupe RDSE est donc apparu, une fois de plus, tiraillé entre l’opposition et la majorité.

Notes :
  1. Lire notamment : « La gauche et la seconde chambre de 1945 à nos jours » de Vincent Boyer, dans lequel une réflexion similaire est développée. Cet ouvrage présente aussi 1976 comme la date de basculement des sénateurs d’un vote personnel à un vote de groupe. []
  2. Index of Qualitative Variation (IQV M2, Gibbs, 1975). Evalue de façon standardisée (prise en compte du nombre de modalités parmi pour, non, contre et non votant) la proportion de positions différentes de la position majoritaire du groupe. []
  3. Qui ne se fera désormais plus entendre au Sénat. Eurodéputé depuis les élections du 7 juin 2009, et en application des articles L.O. 297 et L.O. 137-1 du Code électoral, il cesse d’exercer son mandat de parlementaire national. En conséquence de quoi il a démissionné et sa remplaçante sera Marie-Agnès Labarre (PG) []
  4. Pour reprendre les propos de Jack Ralite : « Dans ces conditions, monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, alors que notre groupe avait opposé un « non » catégorique à la loi DADVSI, il juge aujourd’hui, s’agissant du présent texte, que l’on peut mieux faire, que l’on doit mieux faire. Nous nous abstiendrons donc. Et cette abstention, je vous l’assure, est combative ! (Applaudissements sur les travées du groupe CRC.) » []
  5. Voir les débats, notamment Gilbert Barbier : « Je ne suis pas sûr que les sages-femmes, dont le rôle traditionnel est de donner la vie, soient très demandeuses ». Ou encore Marie-Thérèse Hermange, qui avance gaillardement que le mode de contraception deviendra l’avortement plutôt que le préservatif : « D’une certaine manière, inscrire cela dans le texte revient à dire que la prescription de la RU 486 par les sages-femmes a vocation à se substituer à la contraception, alors qu’il s’agit d’une méthode d’interruption volontaire de grossesse. En conséquence, le nombre d’avortements, loin de diminuer, augmentera. » []
  6. Juridiquement, sur l’articulation avec l’article R. 4127-324 du code de la santé publique, mais aussi médicalement sur la formation des sage-femmes, le suivi de la patiente, la nécessité d’un bilan sanguin et les risques de complication hémorragiques etc. []
  7. Non seulement cette expérimentation est censurée, mais d’autres le sont aussi pour la même raison, voir le considérant 39 : « Considérant qu’en adoptant les dispositions précitées des articles 16, 38, 50, 55, 86 et 118, le législateur a autorisé des expérimentations sans en fixer le terme ; qu’ayant décidé lui-même de déroger au principe d’égalité devant la loi, il ne pouvait, sans méconnaître l’article 37-1 de la Constitution, renvoyer au pouvoir réglementaire le soin de fixer la durée de cette dérogation ; qu’il s’ensuit que les dispositions précitées sont contraires à la Constitution » []
  8. Voir à ce sujet l’article du NouvelObs []
  9. Parmi les dispositions : ne pas porter une ceinture de sécurité aurait été sanctionné par une amende et non plus une réduction de nombre de points, le fait qu’un dépassement de moins de 5km/h ne pouvait donner lieu à une réduction du nombre de points, la limitation de la vitesse la nuit à une valeur inférieure ou égale à la vitesse par temps de pluie etc. []
  10. Pour plus d’information sur le sujet, lire par exemple les articles de Sofian sur Générations engagées : Retour sur le travail du dimanche et Retour sur le travail du dimanche 2 []

Le gouvernement s’entête, l’opposition s’en fout

Que l’on soit d’accord ou pas avec le principe de riposte graduée « à la française » pour lutter contre le partage, que l’on pense ou pas que le marché du disque peut fonctionner de la même manière sur internet que dans le monde physique, les français dans leur ensemble auraient dû se réjouir de la censure par le Conseil Constitutionnel du projet de loi « Création et Internet ». Tout simplement parce que cette décision nous montre que le dernier rempart de la République tient bon. Cependant deux choses sont inquiétantes : le cynisme de la majorité, d’une part, et la particulière apathie de l’opposition, d’autre part. Pourtant, de mémoire de juristes, une décision aussi sévère est rare. Très rare.1

Le 12 mai 2009, après des débats houleux où questions, amendements et mises en garde de l’opposition étaient restées lettres mortes, l’Assemblée Nationale adopte le projet de loi Création et Internet. 284 députés UMP, 11 députés Nouveau Centre et 1 député PS ont voté pour. Au total ce sont donc pas moins de 296 députés qui ont permis d’adopter un texte qui méconnaissait le caractère fondamental de la liberté d’expression2 et opérait un renversement de la charge de la preuve qui instituait une présomption de culpabilité3. Rien de moins.

A la suite de la censure, pour voler au secours du texte dans les médias, la majorité, les syndicats de l’industrie audiovisuelle ainsi que certains artistes ont avancé avec un certain cynisme qu’ils regrettaient la décision du Conseil Constitutionnel4 56. Comprenons-nous bien : la majorité, les syndicats de l’industrie audiovisuelle et certains artistes regrettent que l’on respecte en France la présomption d’innocence et la liberté d’expression. Voilà où nous en sommes après deux ans sous Nicolas Sarkozy dans la déconstruction des valeurs morales.

L’opposition aurait dû se saisir de cette occasion en or pour protester vivement contre les visées liberticides du Gouvernement et le caractère godillot de la majorité parlementaire, qui vote n’importe quoi sans sourciller et juste pour plaire au prince. Rappelons tout de même que pour le texte « Création et Internet », Jean-François Copé avait appelé les députés de la majorité à le voter quel qu’en soit le fond pour ne pas risquer un désaveau de l’exécutif — on le voit, même si cela devait passer par le piétinement des valeurs constitutionnelles. L’opposition aurait dû en profiter pour détailler son projet de société, démocrate et humaniste, son projet de culture pour tous qui permettrait aux artistes de vivre de leurs œuvres et aux citoyens d’y accéder librement. Mais, mis à part quelques communiqués de presse pour se réjouir de la décision sur le thème de « on vous l’avait dit, on avait raison », il n’en est rien. L’opposition en est à gérer sa déroute aux élections européennes. Pour avoir de vrais contre-pouvoirs, les français attendront.

EDVIGE, HERISSON, HADOPI, LOPPSI, la généralisation du vidéoflicage, le remplacement du président de France Info, la nomination du patron de France Télévision par le Président, l’affaire Tapie, l’affaire de Filipis, l’affaire Besson avec la CIMADE, le remplacement de tous les patrons des services de renseignement, cette liste non exhaustive est tout autant de signes qui devraient nous alerter sur les dérapages pré-totalitaires de notre gouvernement. N’oublions pas non plus que la France détient un triste record européen : celui du plus grand nombre de convocations judiciaires, de mises en examen et de placement en garde à vue des journalistes7.

C’est pour ces raisons qu’il est temps plus que temps de se ressaisir et de tout mettre en œuvre pour arrêter ce gouvernement. Cela ne pourra passer que par une citoyenneté active, donc par une réappropriation de la chose publique par les citoyens. Il est alors indispensable que les partis d’opposition deviennent le lieu privilégié de l’expression militante et citoyenne. Alors nous pourrons présenter aux français un vrai projet de société dans lequel ils se reconnaîtront : un projet démocrate, humaniste et écologiste. Un projet qui sera à la fois un projet d’espoir et un projet de vivre autrement. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons dire que nous avons fait tout ce que nous pouvions. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons changer les choses.

Notes :
  1. Voir l’article de Le Monde qui cite Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université de Montpellier : « [Cette censure] est nette, sans appel, claire et particulièrement motivée. C’est la plus sévère depuis une bonne dizaine d’années ». Ou encore Maître Eolas : « On n’avait pas vu un tel succès législatif depuis la promulgation-abrogation du Contrat Première Embauche en 2006. » []
  2. Voir le considérant 12 et 16 de la décision du Conseil Constitutionnel : internet est un vecteur d’expression et de communication. Couper l’accès à internet revenait donc à restreindre l’exercice de ces droits fondamentaux, ce qui ne peut être que la décision d’un juge. []
  3. Voir le considérant 18 de la décision du Conseil Constitutionnel : les ayants-droits suspectaient un abonné de téléchargement, il était sanctionné sur ces suspicions. C’était à l’abonné de prouver, le cas échéant, qu’il était innocent et que c’était le fait d’une tierce personne. []
  4. Voir le communiqué de presse de Christine Albanel : « La ministre regrette de ne pouvoir, comme le Gouvernement et le Parlement l’avaient souhaité, aller jusqu’au bout de la logique de « dépénalisation » du comportement des internautes, en confiant à une autorité non judiciaire toutes les étapes – y compris le prononcé de la sanction – du processus. » []
  5. Voir par exemple l’article de lesechos.fr : « Les producteurs de musique indépendants (UPFI et SPPF) ont pris acte avec regret de la décision du Conseil Constitutionnel qui vient de censurer l’élément principal de la « riposte graduée » » []
  6. Voir par exemple Patrick Bruel qui, interrogé sur Europe 1, s’est dit « déçu » de la décision du Conseil Constitutionnel []
  7. Voir l’article de RSF : « Le 13 octobre 2008, Reporters sans frontières rappelait que “depuis deux ans, la France détient le record européen en nombre d’interventions policières ou judiciaires liées au secret des sources, avec cinq perquisitions, deux mises en examen et quatre convocations de journalistes.” L’organisation avait rappelé à cette occasion qu’elle se montrerait “extrêmement vigilante” sur les conditions d’exercice du métier de journaliste. » []

Internet et les droits et libertés fondamentaux

Les débats sur la loi dite loi « HADOPI » ont été l’occasion de nombreux échanges sur le thème de la coupure d’accès à internet. Est-ce qu’une coupure d’accès est une sanction raisonnable et doit-on considérer l’accès à internet comme un droit fondamental ?

Ce débat, sur la nature de l’accès à internet, est un vieux débat qui s’est accéléré ces deux dernières années. Pour certains l’accès à internet est une « commodité essentielle », au même titre que l’eau ou l’électricité, comme Éric Besson l’avait qualifié lors de la présentation du plan numérique 2012. Pour d’autres, internet représente bien plus qu’une commodité essentielle et devrait être un droit fondamental. Ces désaccords ont été l’occasion de vifs échanges entre le Parlement européen et la France.

Qu’en est-il exactement ?

Petite rétrospective chronologique avec, au niveau européen, le rapport de l’eurodéputé Guy Bono, l’amendement 138 au Paquet télécom et le rapport de l’eurodéputé Stavros Lambrinidis.

[...]

Café-débat - 28/05/09 - Internet et les droits et libertés fondamentauxTélécharger l’intervention, en café-débat, sur le thème Internet et les droits et libertés fondamentaux.

Soyons indigné

« Ce qu’il y a de scandaleux dans le scandale, c’est qu’on s’y habitue. »
Simone de Beauvoir

Dessin Caran d'Ache - Affaire DreyfusIl s’agit de ce qui nous arrive de pire. Il s’agit de ce qui fait de nous les dociles complices des dérapages d’un gouvernement. Au fil du temps, bercés par un confort qui nous a été transmis par nos parents, nous avons perdu ce que nous avions de plus précieux, ce qui faisait de nous des citoyens vigilants, les gardiens d’une démocratie construite jour après jour : nous avons perdu notre capacité à être indignés.

Prenons un exemple trivial, certainement pas le plus grave mais, par sa nature, extrêmement représentatif. Ce mardi 12 mai, piquée au vif par une remarque d’Elisabeth Guigou sur son « autoritarisme » et son « incompétence », la Garde des Sceaux réplique dans un premier communiqué de presse du Ministère à 17h57 : « L’arrogance d’Elisabeth Guigou est révélatrice de l’attitude hautaine de certains socialistes vis-à-vis des souffrances de nos concitoyens dans leur vie quotidienne [...] Je laisse le soin aux Français de juger de la grandeur d’Elisabeth Guigou en tant que ministre de la justice. »1

Ce premier communiqué de presse contient une information insolite puisque l’on y apprend que Rachida Dati souffre dans sa vie quotidienne. De quoi souffre-t-elle ? Nous n’en saurons rien. Une heure vingt plus tard est envoyé un second communiqué de presse, que je cite in extenso : « Compte tenu de l’intelligence de Mme Guigou, celle-ci devrait déroger au principe archaïque selon lequel tout prédécesseur mésestime ses successeurs ». De cette utilisation des communiqués de presse, on comprend bien l’idée que se fait Rachida Dati de la Chancellerie et, plus largement, des institutions. Ce comportement est indigne d’une ministre de la République comme d’une candidate à l’eurodéputation et, bien qu’un fâcheux précédent ait donné le ton2, de tels dérapages ne doivent jamais être acceptés et méritent des excuses.

Mépris3, mensonges4 et autres forfaitures56 le pouvoir s’autorise tout, sans tabou. Il ne se passe pas un jour sans que nous ne nous demandions quelles seront leurs limites et que nous déplorions quelques injustices, quelques libertés perdues, chaque fois un peu plus. Avec une énergie somme toute assez faible nous maugréons que c’est inadmissible, que rien ne les arrête et qu’ils confondent respect de l’Etat et sens du clan. Mais, en nous limitant à ce constat, nous oublions une chose essentielle : notre Constitution et nos institutions n’ont jamais à elles seules garanti ni la démocratie, ni la République. Elles n’en sont que la charpente et nous exposent un idéal que nous sommes invités à suivre, à atteindre. Plus que tout, nous devons en contrôler le chemin.

Aucun système n’est parfait, tous portent en eux la graine de l’injustice. Pour certains systèmes, par leur structure, leur philosophie, cette graine germe vite. Pour d’autres, il faut du temps, des assauts répétés. Notre système est solide et il n’appartient qu’à nous de le protéger. Nous seuls sommes les garants du bon fonctionnement de notre Etat et du respect des droits et libertés acquis par nos parents et nos grand-parents. Ce que l’habitude à tendance à nous faire oublier est qu’il ne s’agit pas seulement de se battre pour obtenir, il faut aussi se battre pour conserver.

La répétition des dérapages, des injustices et des affaires, sans que l’on en voit jamais le bout, nous amènent à une impuissance apprise ; ils en deviennent normaux, comme inévitables et nous nous laissons porter, attendant tout juste la prochaine échéance électorale en pensant, sans vraiment y croire, qu’alors les choses changeront. Je suis persuadé, au contraire, qu’ils sont non seulement anormaux mais qu’il est un impératif démocratique de tout mettre en oeuvre pour les éviter et les dénoncer. Ce n’est qu’à ce prix que les choses changeront. C’est pourquoi il est grand temps de réapprendre à nous indigner. Il est grand temps de nous battre, pour défendre une certaine idée de l’Humanité, une certaine idée de la France et entrer en résistance7 contre ce modèle qui n’est pas le notre. Souvenons-nous que la résistance n’est pas de gauche, pas plus qu’elle n’est de droite. Elle est avant tout républicaine.

Notes :
  1. Est retiré de la citation l’analyse que fait Mme Dati du bilan de d’Elisabeth Guigou, à savoir : « Je renvoie les Français au bilan d’Elisabeth Guigou en tant que Garde des Sceaux : un taux record de délinquance +17%; des taux records de suicide en détention (125 suicides en 1999), et de mineurs incarcérés (975 en juillet 1999 contre 698 en avril 2009), un taux inacceptable de détention provisoire (40% des personnes en prison en 1998 contre 26% aujourd’hui), le taux record de fermetures de places de prison sans nouvelles ouvertures (497 places fermées contre près de 9 000 places créées entre mai 2007 et 2009). » []
  2. On se souviendra, hélas, de la visite de Nicolas Sarkozy au Salon de l’Agriculture, le 23 février 2008 []
  3. Par exemple Mr Besson qui déclare à propos du GISTI, sur le droit des étrangers : « Je le dis avec pondération : la crédibilité du GISTI en la matière, elle est quasiment nulle ». Ou encore l’article de 20minutes qui cite le Ministère de la Culture déclarant, à propos d’une association, que ce ne sont que « cinq gus dans un garage » []
  4. Voir notamment l’article de Mediapart, qui reprend Nicolas Sarkozy déclarant, au sujet de l’affaire Pérol : « La commission de déontologie a eu l’occasion de donner son point de vue ; ce point de vue a été communiqué aux deux banques et il sera rendu public » []
  5. Notamment l’affaire Tapie []
  6. Plus légèrement quand Jean-François Copé fait la promotion de son livre « Un député, ça compte énormément ! » et s’érige en pourfendeur de la godille pour écrire, quelques jours après sa publication, une lettre à tous les députés dans laquelle il leur demande de venir voter pour le projet de loi « Création et Internet », quelle que soit leur opinion sur le fond, pour ne pas risquer un désaveu de l’exécutif []
  7. Au sens de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 []