LOPPSI : sommes-nous des pigeons?
Une tribune co-signée avec Corinne Lepage, publiée sur LeJDD.fr.
L’arrivée anticipée de la loi LOPPSI – véritable fourre-tout sécuritaire – en hémicycle mardi prochain devrait tous nous mobiliser, par les sujets qui y sont traités et par la méthode qui a été adoptée, celle de l’oxymore. La substitution, grâce un amendement orwellien déposé par le gouvernement et adopté en commission des lois, du mot de « vidéoprotection » à celui de « vidéosurveillance » dans tous les textes législatifs et réglementaires traduit cette nouvelle réalité. Il ne s’agit pas de surveiller mais de protéger, comme si l’un pouvait aller sans l’autre et comme si le dilemme contemporain n’était précisément pas celui de l’équilibre à trouver entre vraies et fausses menaces d’une part, étendue des atteintes portées aux libertés les plus élémentaires d’autre part. À réalité et dangers équivalents, ce néologisme plus acceptable permettra de faire passer sans remous des dispositions qui viennent renforcer le plan ahurissant de triplement du nombre de caméras sur le territoire.
L’UMP, après avoir fait feu de tout bois sur l’identité nationale, avec un succès tout relatif, cherche à remobiliser son électorat et récupérer les voix de l’extrême-droite en instrumentalisant le débat public. En basant son argumentaire sur les peurs, avec toujours le même objectif annoncé: celui de protéger, l’exécutif ne cesse en réalité d’étendre un pouvoir qui peut être utilisé dans un but tout autre que celui qui est annoncé. En affirmant que « La guerre, c’est la paix », le gouvernement utilise la vieille technique du leurre, qui sous couvert de protéger les citoyens contre une criminalité au demeurant croissante malgré des outils de plus en plus liberticides, permet surtout de prendre un contrôle politique et médiatique croissant.
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