Corinne Lepage a annoncé ce jour son départ du MoDem. Cette nouvelle est étrange. Non pas qu’elle serait surprenante mais en ce qu’elle fait ressentir. Je n’arrive pas à me souvenir du nombre de fois où je lui ai dit qu’il fallait en partir. Un peu trop, certainement. Mais alors, d’une certaine manière, et bien que concédant avoir eu des bâtons dans les roues, des coups bas et une marge de manœuvre inexistante, elle continuait de penser qu’il était possible de changer les choses de l’intérieur, qu’elle avait le devoir de continuer à essayer de porter cet espoir qu’elle voyait s’amoindrir, jour après jour. Peine perdue.
Ce départ était donc patent et laissait d’ailleurs largement le temps au 133bis d’organiser la « riposte ». Rien de bien surprenant malheureusement. Une riposte désormais classique, qui consiste à tenter de décrédibiliser celui ou celle qui s’en va pour minimiser l’impact de son départ et de sa contribution. Cela permet d’une part de mettre les échecs en sourdine et, d’autre part, de créer une cohésion de groupe. En d’autres temps les chasses aux sorcières avaient aussi cet effet.
Ainsi, « on» avait notamment accusé Quitterie Delmas de partir pour rejoindre Désirs d’Avenir, parce qu’elle n’avait pas eu telle ou telle place. Mensonges, mais peu importait, il s’agissait de faire passer le départ pour une désertion plutôt que pour un échec. « On » avait aussi accusé tous les autres d’aller à la soupe, et j’en ai fait les frais. Car oui, cette stratégie détestable est une pratique courante : tous ceux qui sont venus au MoDem avec l’espoir de voir cette « politique autrement » et en sont reparti déçus – plusieurs dizaines de milliers, rappelons-le – y ont eu droit.
Jean-Marie Vanlerenberghe a donc lancé les hostilités, suivi de très près par Jacqueline Gourault, ensuite par ceux qui prétendent à devenir porte-flingue de l’appareil et finalement par des militants qui, pris de déception ou de colère suite aux résultats catastrophiques des élections régionales, dirigent leurs sentiments contre la mauvaise cible. Le message qu’ils portent est : tous les CAP21 proches de Corinne devraient partir et elle devrait abandonner son mandat d’eurodéputée, comme il s’agirait d’un mandat « MoDem ».
Alors, deux choses. Premièrement le départ de CAP21 ne s’effectuera pas sur une simple demande, mais sur un vote des adhérents de CAP21 réunis en congrès. Elémentaire nécessaire démocratique, qui aura lieu et pour lequel je voterai sans hésiter « Oui ». Deuxièmement un mandat, des voix, n’appartiennent pas à un parti, sinon les élections se feraient sur la seule « étiquette », pas sur des personnes. Il est donc malvenu de dire que « ce mandat appartient au MoDem ».
Supposons cependant, for the sake of argument, que l’argument institutionnel ne tient pas. Alors ce serait faire bien peu de cas des élus qui sont arrivés au MoDem avec leur mandat. Ceux-ci ont été accueillis à bras ouverts et étaient chaudement applaudis en meeting. De plus, ne l’oublions pas, ce n’est pas la première élue à partir. Alors, dans ces circonstances, pourquoi lui demande-t-on à elle et pas aux autres ?
Nul besoin de chercher de réponse à cette question, comme il ne s’agit que d’une manœuvre de riposte. Une manœuvre bien commode, qui va permettre d’éviter une fois de plus de se poser la seule question qui devrait pourtant intéresser tous les adhérents du MoDem : comment un parti qui a pu susciter autant d’attrait se retrouve à ce point boudé par les français. Comment ? Ensuite, une fois le problème identifié, est-ce possible de le corriger ? Pour ma part, je ne le pense pas. Mais tant que cette autocritique n’aura pas lieu le MoDem continuera de sombrer. De mémoire d’ancien membre fondateur, Corinne a toujours tenu ce discours, dès les premiers dysfonctionnements et de plus en plus fort jusqu’à cette rupture, cet inévitable ras-le-bol.
En attendant, et croyez-le ou non, je rejoins un bon nombre d’amis en me disant que c’est dommage. Après tout, une séparation après tant de moments partagés l’est toujours. Evidemment, la création d’un arc écolo-démocrate avec le MoDem aurait vraiment eu de la gueule, si seulement telle avait été la volonté de François Bayrou. Mais là n’est pas le plus triste. Le plus triste est, je le pense sincèrement, pour mes amis et les talents qui s’y perdent encore.


Curieuse coïncidence de voir que nos « mutations » chez des leader de l’environnement se sont faites en même temps !
Nos (trop rares, je m’en excuse) discussions risquent de prendre de nouvelles tournures :)
Je te préviens, je connais ma leçon, ça a d’ailleurs étonné le DRH que j’attache plus d’importance aux engagements écologiques de l’entreprise qu’au montant de ma prime d’astreinte.
A plus tard ! Et surtout bon dimanche :)
Mouais, Corinne annonce sa démission et la soumettra au congrès de juin devant ses militants. Ceux-ci seront du coup devant le fait accompli et ne pourront qu’approuver…
C’est un peu autocrate comme comportement, non ? Tiens, ça me rappelle quelqu’un…
@Jérôme : sauf que c’est l’inverse. Un grand nombre de CAP21, et j’en fais partie, demandaient depuis un moment le retrait du MoDem. Corinne temporisait, certaine qu’elle était de pouvoir changer les choses.
@José : avec plaisir pour en discuter, tu sais bien que je trouverai toujours du temps pour toi !