Données ouvertes : un principe philosophique, un enjeu politique

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Un principe philosophique

Le principe de « données ouvertes » (dit OpenData) que l’on voit fleurir aux quatres coins du globe est un principe philosophique simple. Il part du constat que la société de la connaissance, rendue possible par le formidable développement des technologies de l’information — et donc d’Internet — ne peut exister que si chacun a la liberté de partager ses informations et y apporter son savoir et sa créativité. C’est par ces termes simples, qui sont autant d’implications profondes sur notre rapport au savoir et à la culture, que ce principe porte en lui le germe d’une nouvelle société.

En permettant à tous d’accéder librement aux données, de les récupérer, de les enrichir, de développer de nouveaux services les utilisant et de redistribuer à tous le résultat de leurs travaux, c’est un subtil déplacement de la valeur et du pouvoir qui s’opère. Ceux-ci ne se situent alors plus dans la capacité à constituer (souvent laborieusement) des bases de données, ou dans leur secrète possession, mais pleinement dans le traitement, l’exploitation – en bref, dans la création, l’analyse et l’innovation.

Une révolution démocratique

Dans le cas des données publiques, l’OpenData permet une véritable révolution démocratique. Les citoyens peuvent alors avoir accès facilement, où qu’ils soient, aux données que leurs impôts ont contribué à financer. Par ailleurs, un travail sur ces données peut leur permettre d’avoir les éléments pour juger d’une politique à mettre en œuvre, d’analyser l’efficacité d’une politique publique ou encore de développer des services. D’une certaine manière, en mettant à disposition de chacun le terreau pour participer suivant son temps et ses compétences à la création de biens communs, on plante la graine d’une société holiste.

Les collectivités, les institutions et les administrations en général sont toutes en possession d’une grande quantité de données publiques. Ce sont des ressources généralement difficilement accessibles et pourtant inestimables de par l’étendue des services et analyses qui peuvent en émaner. Par exemple, l’Assemblée nationale archive l’ensemble des compte-rendus de débat, des projets et propositions de loi, des amendements sur le site de l’institution… Or, c’est précisément parce que ces données sont mises à disposition et peuvent être réutilisées sans contrainte que le collectif Regards Citoyens a pu développer, à son tour, le site NosDeputes.fr, un service qui permet d’évaluer quantitativement l’activité parlementaire.

Ainsi, dans de nombreux pays, des organisations citoyennes et des entreprises se créent pour développer de nouveaux services et pour enjoindre gouvernements, collectivités, centres de recherche de mettre les données en leur possession à disposition et permettre leur libre réutilisation. Par exemple, c’est le cas en Angleterre avec l’Open Knowledge Foundation… La France, de son côté, accuse un retard certain.

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Trois piliers : l’accès, la standardisation et la réutilisation

Pour permettre cette évolution, il convient tout d’abord d’assurer un accès libre et non-discriminatoire aux données. Ce n’est que parce que tout un chacun peut y accéder que l’on crée les conditions de l’innovation. En France, l’erreur est souvent de vouloir valoriser ce patrimoine immatériel et donc de distinguer artificiellement des usages. Ceci a pour effet de segmenter, d’isoler et donc de freiner la création et l’innovation. C’est notamment l’erreur faite par la Ville de Paris dans sa délibération 2010 DAJ 18, adoptée légèrement amendée le 8 juin dernier qui distingue un usage « commercial » d’un usage « non-commercial ». En outre, de ces distinctions artificielles dérivent des insécurités. C’est ainsi qu’un citoyen ayant mis de la publicité sur son site peut être considéré comme faisant un usage commercial des données.

Ensuite, il convient de mettre les données à disposition dans le format le plus brut possible et standardisé afin de garantir l’interopérabilité. Ces conditions sont nécessaires pour permettre la réutilisation la plus large possible, automatiser le traitement des données par un service et faciliter l’enrichissement des données. Dans cette optique, et puisqu’ils découlent d’une philosophie similaire, les standards ouverts sont les seuls à même de répondre à ces conditions indispensables pour éviter de retomber dans le traitement laborieux de l’extraction de l’information avec là, un document scanné qu’il convient de resaisir à la main pour en extraire les données, ici un fichier Excel qu’il convient de convertir dans un format ouvert, de l’autre côté un PDF…

Finalement, il convient d’autoriser la réutilisation, donc l’enrichissement des données. À New-York, des services ont été développés permettant aux automobilistes de choisir le chemin le plus rapide et le moins pollué. Ils font appel à trois sources principales de données : les données cartographiques, les données de trafic et les données de pollution. Le mélange des données et leur enrichissement permet donc de donner naissance à des services complexes, qui seraient autrement impossibles à réaliser.

Un enjeu politique

Imposer aux collectivités, aux institutions et à l’administration en général de mettre à disposition sous forme de « données ouvertes » les données publiques en leur possession s’inscrit donc dans le sens d’une révolution démocratique où l’information et le pouvoir d’évaluation et d’analyse est rendu au citoyen. Cette révolution démocratique où l’information est rendue à son légitime propriétaire, le peuple, amènera inévitablement à l’émergence d’un savoir partagé et de nouveaux services centrés sur l’innovation. Ce sont ces savoirs et ces services qui permettront la création d’une véritable société de la connaissance dont nous commençons tout juste à entr’apercevoir l’étendue des possibles.

Cette révolution pourra se faire à la condition expresse que les politiques abandonnent l’idée de propriété des informations publiques, véritable source de pouvoir, qui les amène à soit vouloir les garder secrètes ou en tout cas difficilement accessibles, soit à vouloir tirer profit de leur publication. Pour cela, il est nécessaire d’avoir la vision d’une société où la connaissance, libre, appartiendrait à tous, car c’est un préalable indispensable pour que s’impose la volonté politique de la mettre en œuvre. Un long chemin et beaucoup de pédagogie restent à faire…

Pour en savoir plus :

2 thoughts on “Données ouvertes : un principe philosophique, un enjeu politique

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