Carnet public

Le blog de Pierrick Prévert

Archive for décembre, 2011

Photo flickr Cyril Plapied CC by-nc-sa

Quelques réflexions jetées, au vu de l’actualité sur le slogan du « made in France » lancé par François Bayrou. Cette proposition reprise de part et d’autre vise à adresser un problème : celui de la baisse de la production nationale. Cette baisse a pour effet d’entraîner une hausse des importations et une diminution des emplois en France, donc d’aggraver le déficit commercial. Pourtant cette approche de la production française est incomplète et inadaptée car elle ne traite le problème que d’un point de vue économique, alors qu’avec les écologistes et Corinne Lepage nous proposons une solution complète et cohérente.

En effet, cette approche part du postulat que si l’économie va bien, alors on aura éventuellement les moyens de faire du social, d’améliorer les conditions de vie et de prendre en compte les contraintes environnementales. Cela hiérarchise donc l’économie comme valeur première, et le social et l’environnement comme valeurs secondaires, sinon tertiaires.

C’est notamment à cela que l’on reconnaît ceux qui n’ont toujours pas intégré l’écologie et son rôle social, et ne la conçoivent qu’à travers des mesurettes de programme. Car depuis des années, l’écologie politique a résolu ce problème : au lieu de penser en terme de territoire national et de n’aborder le problème que sous un angle purement économique, il faut en effet l’approcher sous ses trois dimensions — économique, sociale, et environnementale — toutes égales par ailleurs.

Le véritable enjeu n’est donc pas de produire en France mais de « penser global, agir local », principe vieux de plus de trente ans. Et plus précisément dans ce contexte « penser global, produire local », donc de se baser à la fois sur les circuits courts et la relocalisation, c’est à dire à la fois le rapprochement des bassins de production et de ceux de consommation mais aussi la diminution du nombre d’intermédiaires. Cela aura pour effet de créer des emplois près des lieux de vie, donc effectivement principalement français, mais aussi de réduire les transports donc la pollution et les gaz à effet de serre, et ce tout en baissant le coût des marchandises ! C’est le meilleur arbitrage possible. Car si produire à Calais pour consommer 1150 km plus loin à Perpignan, par exemple, ne pose aucun problème aux défenseurs du « made in France », cela n’intègre ni le problème social ni le problème environnemental : il faut penser global et agir local.

Finalement, on pourrait s’interroger sur les réelles motivations de ceux qui souhaitent relancer la production en France, tout en professant la construction ou le renouvellement des centrales nucléaires. De fait, par le caractère nécessairement exclusif du nucléaire, cela bloque le développement de la filière des énergies renouvelables alors que la France est le premier pays d’Europe en terme de potentiel dans le domaine. Arrêter la construction de nouvelles centrales — dont l’EPR de Flamanville — permettrait effectivement de faire basculer les investissements vers la création d’une nouvelle filière industrielle à forte capacité d’innovation qui serait créatrice d’emplois non délocalisables, pour un volume quasiment égal à ceux perdus dans l’industrie depuis 2007 (~350 000) et pour un coût final au consommateur identique, sinon moins cher que le nucléaire. Le tout sans créer de déchets dangereux dont on ne sait que faire, sinon les enterrer en espérant découvrir ce que l’on pourrait en faire un jour.

Ecologie

J’étais invité, vendredi 12 décembre midi, au côté de Corinne Lepage à l’émission « La Nouvelle Edition » sur CANAL+. L’occasion de revenir sur les raisons de mon soutien à sa candidature, et sur l’intérêt de celle-ci pour les Français.

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Actualité

Arnaud Montebourg - Photo Steven Dutartre (CC by-nc-sa)

Cette affaire est intéressante sur deux plans, celui de l’éthique d’une part, et celui de la réaction que les partis ont trop souvent face aux turpitudes des leurs.

Petit rappel des faits : Arnaud Montebourg, en tant que secrétaire national à la rénovation, a alerté son parti le 21 novembre dernier — très exactement, il a écrit à la première secrétaire, Martine Aubry — par le biais d’une lettre estampillée « personnel et confidentiel » sur une affaire judiciaire en cours concernant la fédération PS du Pas-de-Calais et l’utilisation qu’en ferait la majorité en période électorale.

A la suite de cette missive, et de sa réponse, tout le monde se déchaîne sur le fait qu’Arnaud Montebourg, pêle-mêle, ferait le jeu de Nicolas Sarkozy en lançant cette affaire, se rêverait en Saint-Just, règlerait des comptes contre des adversaires politiques internes, ou encore que Martine Aubry couvrerait Kucheida. Pourtant, ce n’est absolument pas le fond du sujet.

Je ne me baserai pas sur le côté juridique de l’affaire, car il semble que la justice avance, mais uniquement sur l’angle éthique, politique et médiatique.

La première remarque tient au fait qu’Arnaud Montebourg n’a pas bien évidemment pas « lancé » cette affaire ; elle était en cours, au stade d’enquête préliminaire. La seule question que l’on devrait se poser sur le sujet est donc une question d’opportunité : avait-il raison de porter cette affaire à la connaissance de Martine Aubry, pour préserver le PS d’éventuelles attaques de l’UMP sur le terrain de l’éthique et de la probité, ou aurait-il dû se taire ?

Je pense qu’il a bien fait de le faire, que c’était dans l’intérêt du PS, et ce pour trois raisons principales :

  • La première est aussi la plus évidente : François Lamy indique, dans sa lettre de réponse officielle en date du 29 novembre, que lui-même et Aubry n’étaient pas au courant de cette enquête préliminaire. Que ce soit vrai ou non a peu d’importance : ils ont été très officiellement informés et il me semble plus intéressant pour eux de l’apprendre ainsi que par voie de presse ;
  • La seconde tient au fait qu’il communique maintenant à Martine Aubry sur le sujet, là où d’autres pensent qu’il aurait fallu se taire pour des considérations électoralistes. En réalité, non seulement ceux qui avancent cet argument ont une conception électoraliste de l’éthique assez surprenante mais ils se trompent. Car d’un point de vue électoraliste, maintenant que la machine judiciaire était en branle, ce n’était qu’une question de temps avant que l’affaire soit portée à la connaissance de tous. Il s’agissait donc uniquement, pour le PS, de savoir s’ils préféraient garder l’initiative et maîtriser l’agenda, ou les confier à leurs opposants, ce qui n’est jamais une bonne idée ;
  • La troisième est qu’il ne fait pas qu’informer dans sa lettre, mais il propose une solution politique (celle de l’âge) à ce problème juridique pour éviter un désastre médiatique. A mon sens cette solution est une fausse bonne idée (je m’y étais déjà opposé) car le vrai sujet est celui de l’interdiction du cumul des mandats dans le temps : l’âge est l’effet, le cumul est la cause. Reconnaissons-lui au moins le mérite d’essayer de proposer une sortie par le haut.

En réalité cette affaire est symptomatique de la relation des partis, ou de tout groupe constitué, aux affaires qui touchent les leurs. On retrouve effectivement souvent de telles réactions épidermiques contre ceux que l’on appelle « les lanceurs d’alerte ». La tentation semble trop grande de les rendre responsables des affaires dont ils n’ont été finalement que les messagers, comme pour les punir de transmettre un dossier difficile à gérer, au point qu’ils se trouvent souvent plus violemment mis en cause que les personnes impliquées dans l’affaire qu’ils portent à la connaissance.

Or, il faut bien en faire le constat, si l’affaire de la fédération du Pas-de-Calais explose de manière aussi chaotique aujourd’hui, c’est aussi et surtout du fait d’une certaine malhabilité de la rue de Solférino dans la gestion de celle-ci. Et ce n’est que sur ce point que c’est vraiment dommage, car nous y perdons tous, et pendant ce temps nos opposants communs y gagnent.

Dossiers , Ethique

Retrouvée par hasard, cette photo à laquelle je tiens beaucoup a été prise le 9 avril 2009, le soir même du fameux « coup du rideau » sur HADOPI qui a amené à son rejet surprise dans l’hémicycle. Tout le monde était fatigué d’avoir lutté sans relâche sur HADOPI, pendant des mois à construire le dossier et des semaines passées à l’Assemblée. Si nous avions alors bien conscience d’avoir fait de la vie de la majorité un enfer, que cela se solde par cette première victoire était inespéré.

Au moment du rejet, à la seconde même, j’ai dû recevoir une trentaine de SMS de tous bords qui étaient principalement des cris de joie. L’idée d’une soirée a été lancée dans les 5 minutes qui ont suivi – qu’est-ce qu’une victoire sans un bon verre ? – et en moins d’une heure tout le monde y était convié, dont les députés qui s’étaient opposés à cette loi et avec qui nous avions travaillé.

On retrouve donc sur cette photo des membres de La Quadrature du Net, l’APRIL, FDN, Libre Accès, In Libro Veritas, PC Inpact, en bref tous les collectifs qui ont fait d’HADOPI la bataille qu’elle a été. Y sont aussi les quelques parlementaires qui avaient pu se joindre à nous : Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Brard et Martine Billard… Une alliance improbable. Christian Paul n’avait pu se joindre à nous mais avait transmis ses amitiés et Patrick Bloche, qui était présent plus tôt, n’avait malheureusement pas pu rester.

Une piqûre de rappel du fait que quelques personnes déterminées peuvent parfaitement gripper la machine majoritaire. Un joli souvenir.

Dossiers , Libertés numériques

En publiant un communiqué de presse dans lequel elle dénonce des « propos xénophobes » et une généralisation des « déparages racistes » dans la tribune de Patrick Besson (il y moque l’accent de la candidate Eva Joly, son discours moralisateur, et ses propositions invraisemblables), Cécile Duflot fait preuve d’une conception assez effrayante de la liberté d’expression pour la responsable d’un parti qui se veut démocrate.

En effet, cela ne semblait poser aucune question de conscience (et d’ailleurs, à juste titre) quand le 3 novembre dernier, alors que les braises étaient encore chaudes après l’incendie de Charlie Hebdo, EELV publia un communiqué dénonçant l’incendie criminel, et condamna le fait d’empêcher par la peur « la libre expression de toute pensée critique ou humoristique à l’égard du fait religieux ».

De deux choses l’une : ou bien la caricature d’une religion et de ses extrêmismes participe de la liberté d’expression, et alors la simple caricature potache d’un accent y participe aussi, ou bien la caricature d’un accent est xénophobe et alors la caricature d’une religion l’est aussi. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures. Or, dans un cas comme dans l’autre, il n’y a strictement rien de xénophobe, pas plus que de raciste : il s’agit de satire.

Eva Joly a un accent assez fort, personne ne le nie, fait de nombreuses fautes de syntaxe et parle avec une voix faible ce qui la rend assez pénible à écouter. Elle en est parfaitement consciente et l’assumait pleinement encore l’année dernière :

Comme on lui demandait si son accent pouvait être un handicap dans une campagne, la franco-norvégienne a répondu : « je ne prendrai pas de cours de communication », « j’ai fait toute ma vie avec cette voix-là, avec cet accent-là ». « Il y a des effets paradoxals (sic). Comme procureur, j’étais respectée, j’obtenais des résultats et les juges me disaient que mon accent attirait l’attention et faisait que l’écoute était meilleure », a-t-elle fait valoir.

Mais est-ce que son accent la rend moins française ? Non, elle l’est pleinement. Est-ce que cela peut faire l’objet de satire ? Bien sûr. Je ne compte d’ailleurs pas le nombre de fois où j’ai entendu mes colistiers et militants EELV lors des régionales parler de « Zean-Paul Husson ». Etait-ce alors de la xénophobie, une hostilité marquée à l’égard des zozoteurs ou des socialistes ? Non, ils ont d’ailleurs fait alliance au second tour. C’était potache, pas malin, certainement vexant, mais avaient-ils le droit d’en rire ? Oui.

J’étais un des premiers à interpeller, assez violemment d’ailleurs, le député UMP Lionel Tardy quand il publia sur twitter « Il est temps pour Eva Joly de rentrer en Norvège » en réponse à la proposition invraisemblable de cette dernière concernant le 14 juillet. Je l’avais interpellé car son propos impliquait qu’il existerait des vrais français « de souche », à la nationalité inamovible, et d’autres à la nationalité acquise donc jetable dont ferait partie Eva Joly. Cela avait heurté profondément ma conception de la France. Cependant, ce n’est en rien le cas ici.

On peut penser ce que l’on veut de cette tribune : qu’elle n’est pas drôle, qu’elle est outrancière, qu’elle est injuste et on a tout à fait le droit de la dénoncer sur cette base. On peut aussi penser qu’elle est malvenue car elle déplace le débat sur la personne de la candidate plutôt que sur le fond de son discours. Pourquoi pas, mais à ce sujet marketter la candidate sur ses lunettes rouge n’est pas plus intelligent.

Mais ce qui est essentiel, c’est qu’au-delà de ce que l’on pense de cette tribune, Patrick Besson avait parfaitement le droit de l’écrire. Il n’a donc aucune excuse à présenter, et certainement pas pour xénophobie ou racisme, sauf à implicitement vouloir interdire toute satire et à dénaturer le combat contre ces deux fléaux.

Actualité