Carnet public

Le blog de Pierrick Prévert

Jean-François Copé aurait tenu ces propos, rapportés dans « l’Oligarchie des incapables », pour justifier son soutien au cumul des mandats (Note : démenti formel, samedi 7 janvier, sur son twitter) :

Tu comprends si on n’a que des gens qui se contentent de 5000 euros par mois, on n’aura que des minables.

Ces propos sont non seulement stupides mais inadmissibles tant ils sont condescendants. D’après l’outil mis en place par Piketty, qui se base sur des données institutionnelles publiques, et en supposant un revenu brut, seulement 6 % des Français touchent plus de 5000 € par mois, 94 % touchent moins. La France comporterait donc 50,4 millions de minables, pour 3 millions de respectables. Si la politique menée par l’UMP a un mérite, c’est au moins celui d’être cohérent avec cette vision de la société française.

Plus profondément, cette question soulève un point intéressant : faut-il nécessairement avoir les dents qui rayent le parquet pour être un bon politique ? Je pense précisément le contraire. Le politique ne devrait avoir qu’un objectif, celui de s’effacer pour l’intérêt général. Être élu ne devrait être qu’un devoir et en aucun cas un privilège, sinon celui de servir. Ainsi, s’il convient bien évidemment de pourvoir les élus de moyens suffisants pour pouvoir exercer leur mandat en toute liberté, cela ne devrait se limiter qu’au strict nécessaire.

Que les choses soient claires : le pouvoir politique que l’on obtient en étant élu se suffit et n’a pas besoin d’être appuyé d’une reconnaissance ou « motivation » économique supplémentaire de la part des contribuables. La reconnaissance, quand on est politique, c’est celle de représenter ses concitoyens et éventuellement d’être réélu pour un second mandat. Alors, si l’on arrêtait enfin de penser que l’argent doit être l’alpha et l’oméga de toute action humaine, si l’on arrêtait de vouloir considérer un mandat comme un job, peut-être nous rendrions-nous compte que pour défendre au mieux l’intérêt général ce ne sont pas de cupides dont nous avons besoin mais tout simplement de représentants.

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3 commentaires

  1. dsl says:

    C’est pas un peu naïf cette vision du politique ?
    Plutôt que militer pour des hommes politiques vertueux, démarche qui pourrait rejoindre le cauchemar de la République de Platon, je vous conseillerais de militer pour une diminution du pouvoir des hommes politiques et du poids de l’Etat dans la société.
    Ainsi, des individus comme vous, dont la vertu ne fait aucun doute, pourraient se regrouper en association de façon à pouvoir faire tout le bien qu’ils veulent en conformité avec leur idéal de l’intérêt général…

  2. Pierrick Prévert says:

    Accepter que les élus ne doivent pas être motivés par l’argent, qui crée un arbitrage défavorable à la société entre intérêt personnel et intérêt général, c’est revoir les bases du système d’indemnisation et de retraites des élus, développer la transparence (on pense aux notes de frais des ministres, par exemple), mais c’est aussi interdire le cumul. Notons que l’interdiction présenterait d’autres avantages, notamment sur le renouvellement et la représentativité.

    Donc je ne pense pas que c’est militer pour des hommes vertueux que de dire cela. En revanche, c’est militer pour un système plus vertueux, de telle manière que si les hommes ne le sont pas, ils affecteront moins la société. C’est un choix qui appartient aux électeurs avant tout, et c’est un choix que j’appelle à faire.

  3. joan says:

    « Le politique ne devrait avoir qu’un objectif, celui de s’effacer pour l’intérêt général. »

    Ah c’est beau. C’est ce qu’un type de droite appellerait une Utopie, n’est-ce pas.