
Grand « débat » sur twitter et facebook suite au fait que trois des quatre économistes de l’OFCE cités dans l’étude démentent avoir participé et validé directement ou indirectement le programme d’Eva Joly. Ceci va donc à l’opposé des centaines de tweets et posts facebook d’EELV qui alimentaient ma timeline lors de l’annonce de l’étude. Je dois avouer avoir été alors extrêmement critique envers l’OFCE, mais rassuré envers l’institution quand des amis m’ont indiqué que l’OFCE allait démentir. De son côté, Cécile Duflot explique ce mic-mac par un tweet, comme quoi elle n’aurait pas été au courant des détails de l’enquête, et qu’Eva Joly ne l’était pas plus. Ce qui expliquerait donc l’empressement qu’ont eu l’une et l’autre à se féliciter de quelque chose qui n’existait pas.
Mais la question reste posée. Puisqu’on continue de voir, sur les réseaux de la part de militants EELV « oui, ils n’ont pas signé l’étude, mais il n’empêche que le modèle de l’OFCE valide le programme », je me permets d’apporter une précision : non, un modèle en lui-même ne peut pas valider un programme et c’est précisément la raison pour laquelle l’OFCE refuse de valider les programmes des candidats. Donc l’appel à l’OFCE que fait Pascal Canfin au nom d’EELV à valider leur programme tout comme les programmes des autres candidats est totalement dénué de sens.
Pourquoi ? Parce qu’un modèle mathématique c’est une boîte dans laquelle il y a des entrées et une ou plusieurs sorties. La vocation d’un modèle est de simplifier le monde et il est donc, par nature, imparfait et limité. Mais aussi, parce que choisir ce que l’on présente en entrée influera grandement sur ce que l’on aura en sortie, nous avons là un autre biais. Cela donne donc lieu généralement à de grands débats entre personnes savantes pour savoir quelles données seront présentées, et pour quelle raison. Choisir c’est déjà prendre position. Cela peut être argumenté d’un point de vue économique, mais cela reste un choix, donc une prise de position et c’est en ce sens que l’OFCE refuse de le faire et il a entièrement raison. Je cite :
La raison en est que l’utilisation d’un modèle ne garantit pas la justesse des évaluations. Evaluer une proposition de politique économique, c’est d’abord choisir comment intégrer telle mesure dans le cadre restrictif et quantifié d’un modèle. Ce choix est laborieux et, suivant que l’on insiste sur un mécanisme, que l’on omet un comportement, que l’on privilégie un scénario, le résultat final peut varier. Pour lever les indéterminations, pour traquer les erreurs, contourner les idées préconçues et débusquer les a priori du modélisateur, il est nécessaire de confronter l’analyse à d’autres, dans un long processus itératif. Il faut discuter et échanger sur les hypothèses hors modèle et dans le modèle. La validation passe par ces étapes. Rien ne nous indique que l’évaluation de l’étude en question ne soit passée à travers ces filtres et nous ne pouvons donc en rien apporter une caution à ce travail. Apposer le label « OFCE » sur cette étude supposerait que nous ayons pu participer à cette validation. Il n’en est rien.
Donc quand Pascal Canfin dit que le modèle a été lancé avec les données d’EELV (point 3 du communiqué), il ne dit ni plus ni moins : nous avons pris un modèle mathématique, avec ses limites, et nous avons dit au modèle ce que nous nous pensions de la validité de notre programme et ce modèle nous a dit que notre programme était bon. Donc si le modèle a validé quelque chose, c’est d’abord qu’en acceptant les postulats d’EELV, le programme d’EELV est bon — ce qui, finalement, est le cas pour les programmes de tous les candidats. Donc le modèle n’a rien validé du tout, c’est EELV qui a validé lui-même son programme. Ca méritait bien tout ce barnum.
Etendons un peu le débat : il n’existe aucun modèle permettant de prédire l’avenir de manière certaine. Un tel modèle assurerait pour les personnes qui en auraient la possession la richesse éternelle. Ils ne spéculeraient plus, car spéculer c’est précisément faire un pari sur un avenir incertain. Or, c’est du fait de l’imperfection des modèles, dans leur incapacité à reproduire le monde tel qu’il est dans sa complexité — ou de la mauvaise utilisation qui en est faite — qu’existe la spéculation. Et c’est bien en intégrant les erreurs de prévision des modèles passés que l’on fait naître de nouveaux modèles, un peu plus précis dans telles ou telles situations, sans jamais obtenir de modèle complet. Il me semble qu’il serait intéressant d’en avoir conscience quand on prétend lutter contre la spéculation et la finance folle.
Dernier paragraphe édité le 30 janvier à 20h57, suite aux remarques d’imprécision soulevées par @adelaigue.












