Carnet public

Le blog de Pierrick Prévert

Lundi 8 mars dernier j’accompagnais Corinne Lepage à Strasbourg, pour visiter à la fois le Parlement européen à Strasbourg et assister au meeting d’Europe-Ecologie Alsace. Dans le TGV, l’ambiance était studieuse, à finaliser le discours du soir et préparer la plénière de la semaine. Avec Corinne, Eric et François nous étions aussi accompagnés d’un photographe, Antoine Doyen, et d’une camerawoman, Maxence, pour couvrir une journée d’activité parlementaire.

Arrivés à Strasbourg, nous avons à peine eu le temps de déposer nos affaires à l’hôtel que nous nous sommes dirigés au Parlement où une réunion du groupe ALDE allait avoir lieu, préalablement à un vote en plénière. Premières impressions : le Parlement européen est un lieu vraiment spécial, entre hall d’aéroport et administration, sans cesse bouillonnant, où de bureau en bureau l’on entend l’ensemble des langues européennes – avec, bien évidemment, la langue anglaise dominante.

A peine Corinne sortie du vote, François et Florent, ses assistants, ont déroulé son agenda et calé les derniers éléments avec elle pour la semaine à venir. Au détour d’un couloir nous avons croisés les membres des Greens et aussi Jérémie, porte-parole de La Quadrature du Net, avec qui nous avons organisé la signature de la déclaration écrite, initiée par Françoise Castex, Alexander Alvaro, Stavros Lambrinidis et Zuzana Roithová, de demande de transparence sur l’ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement).

Après un après-midi à aller de bureaux en bureaux et marcher dans les couloirs, nous avons rejoint Jacques Fernique, Daniel Cohn-Bendit, Antoine Waechter, Sandrine Bélier et alii à la conférence de presse préalable au meeting Europe-Ecologie Alsace, qui se tenait au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. La conférence de presse s’est déroulée sans accroc et c’est à la fin de celle-ci, dans la bousculade avec les journalistes, que Dany a interpelé Corinne devant les caméras et micros, pour échanger sur sa position et l’importance d’être avant tout loyale à ses idées. Une image significative, aux implications profondes, qui a été largement reprise dans les médias.

Le meeting a été un des plus beaux meetings auquel il m’a été donné d’assister et pourtant, j’en ai vu quelques uns. Avec un a priori négatif, la salle étant somme toute assez froide, vaste, avec des ilôts de sièges bien séparés et chaque personne assez éloignée de son voisin bien installée dans de gros sièges confortables. Aussi, le déroulé était au début assez balbutiant. Mais, loin des grandes messes traditionnelles à l’euphorie fabriquée, au final ce meeting aura été émouvant et hautement symbolique, en ce qu’il rassemblait en un même lieu les « fondateurs » de l’écologie politique en France : Daniel Cohn-Bendit, Corinne Lepage et Antoine Waechter.

L’intervention de Corinne a d’ailleurs été admirable, un discours millimétré, très applaudi. Aussi, quand José Bové a lancé les applaudissements pour Corinne et l’a interpellée à sa descente de la tribune pour lui dire « très bien ton discours », il n’y avait plus aucun doute : à Strasbourg, ce soir, il se passait vraiment quelque chose.

A peine le temps de dîner, dormir un peu et le lendemain matin Corinne recevait un groupe d’étudiants pour leur présenter les activités du Parlement. Après un point photo sous les drapeaux du Parlement, les étudiants l’ont interrogé sur des sujets aussi variés que le traité de Lisbonne, le rôle joué par le Parlement européen à Copenhague, l’absentéisme des parlementaires, mais aussi sur le vote du matin et le côté « auberge espagnole » du Parlement.

Tout de suite après, nous nous sommes rendus à une conférence de presse à laquelle participait Corinne, en présence notamment de Michèle Rivasi, pour un appel à la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion déplorable, par l’Union européenne, de la grippe H1N1. Avant la fin de la conférence de presse, Corinne a dû s’absenter pour courir voter en hémicycle.

Une fois le vote effectué, nous avons finalement déjeuné et fini par un court debrief de ces 24h sans réel repos au Parlement, avant de rentrer sur Paris afin de continuer, pour ma part, la campagne pour les régionales.


Photos : Antoine Doyen

Actualité

Cette tribune, que j’ai co-signée avec Corinne Lepage, a été publiée par LeJDD.fr.

tribune_jdd_080210L’arrivée anticipée de la loi LOPPSI – véritable fourre-tout sécuritaire – en hémicycle mardi prochain devrait tous nous mobiliser, par les sujets qui y sont traités et par la méthode qui a été adoptée, celle de l’oxymore. La substitution, grâce un amendement orwellien déposé par le gouvernement et adopté en commission des lois, du mot de « vidéoprotection » à celui de « vidéosurveillance » dans tous les textes législatifs et réglementaires traduit cette nouvelle réalité. Il ne s’agit pas de surveiller mais de protéger, comme si l’un pouvait aller sans l’autre et comme si le dilemme contemporain n’était précisément pas celui de l’équilibre à trouver entre vraies et fausses menaces d’une part, étendue des atteintes portées aux libertés les plus élémentaires d’autre part. À réalité et dangers équivalents, ce néologisme plus acceptable permettra de faire passer sans remous des dispositions qui viennent renforcer le plan ahurissant de triplement du nombre de caméras sur le territoire.

L’UMP, après avoir fait feu de tout bois sur l’identité nationale, avec un succès tout relatif, cherche à remobiliser son électorat et récupérer les voix de l’extrême-droite en instrumentalisant le débat public. En basant son argumentaire sur les peurs, avec toujours le même objectif annoncé: celui de protéger, l’exécutif ne cesse en réalité d’étendre un pouvoir qui peut être utilisé dans un but tout autre que celui qui est annoncé. En affirmant que « La guerre, c’est la paix », le gouvernement utilise la vieille technique du leurre, qui sous couvert de protéger les citoyens contre une criminalité au demeurant croissante malgré des outils de plus en plus liberticides, permet surtout de prendre un contrôle politique et médiatique croissant.

La croisade menée contre le net s’inscrit dans cette logique. Certes, la cybercriminalité est une réalité, mais elle est surtout devenue le lieu d’expression d’une presse libre et d’un échange d‘informations et d’idées que le pouvoir ne contrôle pas. C’est dans ce contexte que se pose en particulier la question du filtrage. Les dispositions de filtrage du Net déclinées dans l’article 4 sont inquiétantes. Avec un objectif annoncé de « protéger » les citoyens de la vue de sites de pornographie enfantine, ce qui est bien légitime, il conviendrait, selon les dispositions du gouvernement, d’opérer le filtrage de ces sites sur simple décision administrative.

Heureusement, un amendement en commission des lois voté contre l’avis du rapporteur conditionne le filtrage à un accord de l’autorité judiciaire. Il n’y a pourtant pas de quoi crier victoire tant il reste à faire. Par exemple, comment un ou des propriétaires de sites qui se retrouveraient filtrés par effet collatéral, ou « sur-filtrage », pourraient-ils faire valoir leurs droits? Sur ce point, le texte est muet. Aussi, en multipliant des mécanismes de censure, le gouvernement tente d’échapper au débat sur la neutralité des réseaux, pourtant essentiel pour l’avenir du Net et, plus largement, un enjeu démocratique. Le risque est d’autant plus grand que Nicolas Sarkozy a annoncé que le filtrage s’imposera « à tous les sites pédopornographiques et illégaux », alors même que des études dénoncent le caractère contre-productif et attentatoire aux libertés individuelles d’une telle mesure.

Nous pouvons donc nous attendre à ce qu’il en soit logiquement de même avec l’ACTA, le traité anti-contrefaçon négocié dans le plus grand secret, mais aussi dans la loi sur les jeux d’argent et de hasard en ligne, et les suivantes. Ces mesures s’imposeront, et ce toujours au détriment des citoyens. Or, rappelons que lors du débat sur le Paquet télécom, le Parlement européen a exigé que la neutralité du Net soit affirmée comme un principe fondamental, de même que le recours à une procédure préalable et judiciaire avant toute sanction, et ce dans le respect de l’article 6 de la Convention européenne.

Il ne faut pas s’y laisser prendre. Le filtrage, la censure, ne résolvent aucun problème, pas plus qu’ils ne protègent réellement les citoyens. Cela revient tout juste à considérer que si personne ne peut constater une dérive, alors celle-ci n’existe plus. Les mécanismes d’action réellement efficaces sont ceux qui attaquent les causes plutôt que les effets, et donc le renforcement des moyens d’enquête, de la collaboration internationale et une lutte réelle contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent. La cybercriminalité n’est qu’une facette de la gangrène qui gagne le monde du fait de la banalisation de la criminalité et du passage à une économie grise qui se généralise.

C’est en renforçant l’information des citoyens, leur capacité de mobilisation, les réseaux sociaux de lutte contre toutes les formes de criminalité que nous pourrons renverser cette évolution gravissime et non en traquant les leaders d’opinion et les réseaux comme le fait inlassablement le gouvernement depuis quelques années. LOPPSI constitue donc une étape supplémentaire sur la route du rêve d’une mise sous surveillance du Net…

À moins, bien entendu, que tous ensemble nous le refusions.

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